Beynac : Une nouvelle mairie qui interroge sur la gouvernance locale

 

L'inauguration d'un projet controversé

L'inauguration prochaine de la nouvelle mairie de Beynac-et-Cazenac soulève de nombreuses questions au sein d'une commune profondément divisée depuis plusieurs années. Pour un village d'environ 500 habitants, ce projet architectural suscite des interrogations légitimes sur son emplacement, son dimensionnement et les conditions de sa réalisation.

Un emplacement contesté

Construite en périphérie du bourg, la nouvelle mairie se situe dans une zone difficile d'accès à pied en raison d'une pente importante. Ce choix d'implantation contraste avec la logique de proximité attendue d'un équipement municipal dans un village touristique classé parmi les plus beaux de France.

Des questions de gouvernance

L'attribution des marchés publics pour cette construction appelle à la vigilance. En juillet 2024, lors d'une délibération du conseil municipal, un élu employé comme conducteur de travaux par l'entreprise de maçonnerie ayant remporté le principal marché a participé au vote, bien qu'absent, par procuration. Le vote a été adopté à l'unanimité. Cette situation pose la question du respect de l'article 3 de la Charte de l'élu local inscrite au Code Général des Collectivités Territoriales, qui stipule : "L'élu local veille à prévenir ou à faire cesser immédiatement tout conflit d'intérêts."

De plus, plusieurs habitants s'interrogent sur le fait que cette même entreprise intervienne également sur des chantiers privés d'élus municipaux, alimentant les questions sur d'éventuels conflits d'intérêts.

Le cas Thierry Gauthier : quand l'élu est aussi entrepreneur

M. Thierry Gauthier, premier adjoint au maire et conseiller communautaire, fait actuellement l'objet d'une enquête du parquet de Bergerac pour prise illégale d'intérêts, suite à une plainte déposée en janvier 2024 par l'association DIGD. Il est reproché à cet homme d'affaires propriétaire du château-hôtel de Monrecour à Saint-Vincent-de-Cosse d'avoir voté le 3 juillet 2023 au conseil communautaire de Sarlat-Périgord Noir pour une modification du Plan Local d'Urbanisme Intercommunal (PLUI) qui rendait constructibles deux hectares de ses propres parcelles, augmentant considérablement leur valeur. Cette modification, qu'il avait lui-même sollicitée par courrier en avril 2022, devait permettre l'extension de son domaine touristique avec piscine, spa et 30 chambres supplémentaires.

Le contexte historique : l'ombre du contournement

Cette inauguration intervient dans un climat tendu, marqué par des années de bataille juridique autour du projet de contournement de Beynac porté par M. Germinal Peiro, président du Conseil départemental de la Dordogne. Ce dernier, qui se présente comme "enfant de Beynac" bien qu'il soit né à Lézignan-Corbières, a hérité de son père Fernand Peiro, ancien maire de Vézac, le rêve de ce projet routier.

Le projet de contournement a été annulé par toutes les instances judiciaires, y compris le Conseil d'État. Malgré cela, le département a été condamné à verser près de 1,5 million d'euros d'astreintes pour ne pas avoir détruit les ouvrages construits. M. Peiro a lui-même été condamné en mars 2021 et en première instance à 500 euros d'amende avec sursis pour complicité d'injures publiques, après avoir qualifié les opposants au projet de "criminels en puissance".

Une rupture de continuité républicaine

En 2015, lorsque M. Peiro devient président du Conseil départemental, il menace le maire de Beynac de ne pas verser la subvention de plus de 600 000 euros promise par son prédécesseur M. Bernard Cazeau pour l'amélioration de la traversée du bourg. La menace sera exécutée, soulevant des questions graves sur la continuité républicaine et l'usage du pouvoir départemental à des fins de pression politique.

Les élections municipales de 2020 : une victoire prévisible

La liste pro-contournement, menée notamment par des proches de M. Peiro dont son propre frère cadet Jean-Manuel Peiro (devenu adjoint) et M. Thierry Gauthier (devenu premier adjoint), remporte les élections municipales de mars 2020. Cette victoire s'explique aisément : déstabiliser les électeurs en instillant un  climat anxiogène  sensé crédibiliser un projet injustifié, inutile et exorbitant pour le contribuable périgourdin. Jugez en : les cyclistes, les promeneurs, les mères et les enfants courraient un danger en traversant le village ! Les services de secours, SAMU, pompiers pourraient être bloqués, les maisons fissurées par les vibrations, et bien d’autres fadaises, qui ont pourtant manifestement fait mouche auprès d’électeurs de bonne foi. Et que dire de l’espérance de meilleures relations avec le département (la chantage avait donc fonctionné) et le versement des subventions dues… Un vrai scandale républicain !

Un climat délétère

Aujourd'hui, Beynac vit dans un climat de division profonde. Des actes d'intimidation ont été rapportés : vis trouvées dans des pneumatiques d'opposants, tags, barques coulées, et même voitures incendiées on ne sait comment… climat de peur et de méfiance. Dans ce contexte, la préparation d'une liste alternative pour les municipales de 2026 s'avère particulièrement illusoire. Là encore, le chantage aurait encore fonctionné ?

Respect de la Charte de l'élu local : un impératif démocratique

La Charte de l'élu local, inscrite à l'article L1111-1-1 du Code Général des Collectivités Territoriales, énonce des principes clairs que tout élu doit respecter :

  • Article 1 : "L'élu local exerce ses fonctions avec impartialité, diligence, dignité, probité et intégrité."
  • Article 2 : "Dans l'exercice de son mandat, l'élu local poursuit le seul intérêt général, à l'exclusion de tout intérêt qui lui soit personnel."
  • Article 3 : "L'élu local veille à prévenir ou à faire cesser immédiatement tout conflit d'intérêts."
  • Article 7 : "L'élu local est et reste responsable de ses actes pour la durée de son mandat devant l'ensemble des citoyens."

Questions ouvertes

À l'heure où cette nouvelle mairie s'apprête à être inaugurée, plusieurs questions méritent d'être posées publiquement :

  • Comment justifier un tel investissement pour une commune désormais de moins de 500 habitants qui verra son activité économique fortement hypothéquée, voire disparaître, si le contournement se réalisait ?
  • Les procédures d'attribution des marchés publics ont-elles scrupuleusement respecté les règles de prévention des conflits d'intérêts ?
  • Les élus de Beynac respectent-ils l'esprit et la lettre de la Charte de l'élu local ?
  • La nouvelle préfète de la Dordogne dispose-t-elle d'une vision claire de l'atmosphère qui règne dans ce territoire ?

L'intérêt général doit toujours primer sur les intérêts particuliers. C'est le fondement même de notre République.

 

Association DIGD - Défendre l'Intérêt Général en DordogneContact : Théophile Pardo - 06 75 01 62 34

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