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DÉVIATION DE BEYNAC : L'ÉTAT PERSISTE MALGRÉ NOS ALERTES

Par DIGD - 30 janvier 2026

 

Le 28 janvier 2026, la Préfecture de la Dordogne a annoncé que l'État fait appel du jugement du Tribunal administratif de Bordeaux qui avait annulé, le 27 novembre 2025, le projet de "boucle multimodale" de Beynac. L'argument officiel invoque une "appréciation erronée" du tribunal sur la qualification de "projet nouveau". La réalité est tout autre : l'État persiste dans une voie qu'il aurait dû refuser dès l'origine, ignorant au passage des années d'alertes citoyennes documentées.

 

"ON PAIERA !" - LA PRÉFÈTE QUI SAVAIT (FIN 2017)

L'histoire commence bien avant 2024. Fin 2017, lors d'une réunion avec la Préfète qui s'apprête à signer l'autorisation, un adhérent de DIGD l'interpelle directement : "Madame la Préfète, toute décision d'autoriser ce projet présente de gros risques d'être jugée illégale au vu du code de l'environnement. Cela pourrait coûter très cher à l'État et aux contribuables."

La réponse de la Préfète est aussi brève que terrible : "Ce n’est pas grave, on paiera !"

Le 29 janvier 2018, sous la pression de Monsieur Germinal Peiro, président du Conseil départemental, elle signe l'autorisation malgré tout.

Huit ans plus tard, le bilan de ce "On paiera !" est accablant :

  • Quatre annulations judiciaires successives (2018, 2019, 2020, 2025)
  • 1,9 million d'euros d'astreintes déjà versées
  • Jusqu'à 6,7 millions d'euros d'astreintes potentielles
  • 40 millions d'euros de coût total pour les contribuables

L'État SAVAIT. L'État a CHOISI d'ignorer. Sous la pression politique d'un élu qui refuse, depuis neuf ans, d'accepter les décisions de justice.

 

UNE CHRONOLOGIE D'ALERTES SYSTÉMATIQUEMENT IGNORÉES

2017-2023 : Les premières alertes

Dès la fin 2017, DIGD alerte les autorités préfectorales sur les risques juridiques majeurs du projet. La réponse tient en peu de mots : "Ce n’est pas grave, on paiera !"

En juillet 2023, lorsque la Préfecture prend un arrêté ordonnant une concertation sur un prétendu "nouveau projet" de boucle multimodale, DIGD attaque immédiatement cet arrêté. Le message est clair : ce n'est pas un nouveau projet, c'est le même déguisé. Les juges ne nous donneront raison que plus de deux ans plus tard.

Août-novembre 2024 : Quatre alertes au Préfet Lamontagne

L'été et l'automne 2024 marquent une intensification de nos démarches auprès du Préfet Jean-Sébastien Lamontagne.

Le 12 août 2024, nous lui signalons les dysfonctionnements graves de l'enquête publique en cours : fermeture prématurée du dossier dématérialisé dès le 9 août, période d'enquête insuffisante (seulement 32 jours en plein été et pendant les Jeux Olympiques), accueil glacial du président de la commission d'enquête qui nous ignore pendant vingt minutes lors de notre passage.

Le Préfet nous répond le 29 août... mais uniquement pour défendre le président de la commission d'enquête, invoquant un "bug informatique" et une "forte recrudescence d'observations". Tout est réglementaire. Pas un mot sur le fond de nos alertes, en 2017 l’enquête publique avait été allongée de 15 jours. En 2024 l'État préfère défendre ses agents plutôt qu'écouter les citoyens.

Le 2 septembre 2024, nous publions une lettre ouverte alertant sur les atteintes graves à l'état de droit : non-respect de la force de chose jugée, opacité de la concertation menée par la CNDP, conflits d'intérêts potentiels, manipulations politiques au plus haut niveau, violations répétées de la Charte de l'élu local par Monsieur Peiro.

Aucune réponse.

Le 23 septembre 2024, DIGD et quatre signataires (dont une ancienne maire et vice-présidente de conseil général) adressent au Préfet une alerte formelle sur six risques juridiques et pénaux majeurs : non-respect de la force de chose jugée (recours en annulation garanti), atteinte à la sécurité juridique, abus ou détournement de pouvoir (responsabilité personnelle du Préfet), violation des règles d'urbanisme (poursuites pénales possibles), non-exécution d'une décision de justice (article 432-1 du Code pénal : abus d'autorité), sanctions disciplinaires pouvant aller du blâme à la suspension.

Aucune réponse. Le 5 novembre 2024, le Préfet Lamontagne signe l'arrêté autorisant le projet malgré toutes nos alertes.

Le 4 octobre 2024, dans une dernière lettre ouverte avant son départ, nous rappelons au Préfet Lamontagne notre entretien du 22 novembre 2022 au cours duquel nous lui avions communiqué des griefs graves concernant la gouvernance de Monsieur Peiro. Nous évoquons le "Réquisitoire" que nous avons publié en septembre 2024, compilant vingt preuves documentées de manquements déontologiques. Nous soulignons les appels publics à la désobéissance civile, le non-respect des prescriptions préfectorales (seulement trois réunions du comité de suivi en vingt et un mois alors que l'arrêté du 30 juin 2020 en impose une tous les deux mois).

Le Préfet Lamontagne quitte ses fonctions le 5 novembre 2024 sans jamais avoir répondu à cette lettre.

Novembre 2025 - janvier 2026 : Alertes à sept institutions

Face au silence persistant de la Préfecture, nous élargissons notre démarche. Le 26 novembre puis le 27 décembre 2025 et début janvier 2026, nous adressons des courriers recommandés avec accusé de réception à sept autorités : la Préfète de Dordogne, le Ministre de l'Intérieur, les Procureurs de la République, le président de la Chambre régionale des comptes Nouvelle-Aquitaine, le Défenseur des Droits, et le Député de notre circonscription.

Le premier courrier concerne le risque lié aux falaises surplombant la RD703. Malgré les devis établis par la société Géolithe dès février 2017, aucune sécurisation n'a été entreprise. Nous posons une question simple : qui est responsable et doit agir ? Une réponse nous est promise avant le 2 février 2026.

Le second courrier est une documentation détaillée des violations des sept principes de la Charte de l'élu local par Monsieur Germinal Peiro : dignité, intérêt général, neutralité, égalité, intégrité, respect de la légalité, responsabilité. Chaque violation est étayée par des documents, des citations, des faits vérifiables.

La réponse des institutions est attendue au plus tard pour la fin mars 2026. Mais le 28 janvier 2026, avant même d'avoir répondu à nos alertes, l'État annonce son appel du jugement du tribunal administratif.

 

LE COMMUNIQUÉ PRÉFECTORAL : QUAND L'ÉTAT SE COUVRE

Le communiqué de presse de la Préfecture du 28 janvier 2026 mérite une lecture attentive. Au-delà de l'annonce de l'appel, il contient un aveu implicite remarquable.

La Préfecture annonce en effet que "l'État assurera le suivi du processus de déconstruction [...] en veillant notamment à la bonne mise en œuvre des prescriptions édictées par l'arrêté préfectoral du 30 juin 2020 relatives à ces travaux."

Traduction : l'État reconnaît implicitement que ce suivi n'a PAS été correctement assuré jusqu'à présent. Notre alerte du 4 octobre 2024 se trouve ainsi confirmée : alors que l'arrêté préfectoral du 30 juin 2020 impose dans son article 4 des réunions du comité de suivi environnemental "a minima tous les deux mois", seulement trois réunions ont eu lieu en vingt et un mois.

Le paradoxe est saisissant : l'État fait appel d'un jugement qui annule un projet pour cause d'illégalité... tout en promettant simultanément de mieux surveiller la démolition du projet précédent, reconnaissant ainsi qu'il n'a pas fait son travail de contrôle.

 

MONSIEUR PEIRO : LE RESPONSABLE PREMIER

Car derrière les défaillances de l'État, il y a un homme : Germinal Peiro.

C'est lui qui, dès juin 2017, avant même l'autorisation unique, a lancé un appel public à la concurrence pour les ouvrages du contournement (avis n° AO 1725-2886). Une précipitation anticipée que confirme le dossier soumis à enquête publique, où il est écrit à la page 121 : « les travaux de contournement débuteront en septembre 2017 ». Ces observations sont celles d'Anticor 24.

C'est lui qui dès février 2018, a précipité le démarrage des travaux un mois après l'autorisation, sans attendre les quatre mois de délai de recours.

C'est lui qui, après trois annulations judiciaires successives en 2018, 2019 et 2020, a refusé d'accepter les décisions de justice pendant deux ans. C'est lui qui, après l'annulation définitive par le Conseil d'État en juin 2020, a organisé un contournement politique avec des complicités ministérielles et préfectorales. C'est lui qui a obtenu la rencontre avec le président Macron en novembre 2021, entraînant le départ du préfet Périssat (le seul qui ait résisté aux pressions) et son remplacement par un préfet plus accommodant.

Et c'est toujours lui qui, le 28 novembre 2025, au lendemain de la quatrième annulation judiciaire, attaque frontalement l'institution judiciaire avec une violence inédite.

Les déclarations du 28 novembre 2025 : une attaque contre la justice

Le lendemain du jugement du tribunal administratif de Bordeaux, Monsieur Peiro multiplie les déclarations publiques sur les antennes d'ICI Périgord et France 3 Nouvelle-Aquitaine.

"On nous prend pour des manants." Cette phrase ouvre son intervention sur ICI Périgord. Puis viennent les accusations : "C'est un scandale d'État", "La République fait aujourd'hui des victimes", "La collectivité territoriale est victime du dysfonctionnement de l'État". Monsieur Peiro ne s'attaque pas seulement à la décision : il accuse le système judiciaire lui-même. "Il y a un défaut d'organisation du droit", affirme-t-il sans sourciller.

Plus grave encore, il met en cause l'impartialité des juges : "Cette décision n'est ni fondée, ni juste", "On a l'impression que tout était joué d'avance". Il dénonce un "fonctionnement très préoccupant de la justice administrative".

Enfin, cette phrase terrible : "Les grands perdants, ce sont les habitants de Dordogne, pas les juges de Bordeaux." Comme si les magistrats qui ont passé des mois à étudier treize pages de motivation juridique l'avaient fait par malveillance ou indifférence.

Neuf ans après le début de ce contentieux, quatre annulations judiciaires plus tard, le président du Conseil départemental continue à refuser l'autorité des tribunaux.

Un comportement systématique

Ce n'est pas la première fois. En novembre 2019, après l'annulation par la cour administrative d'appel, Monsieur Peiro avait déclaré que les opposants au projet étaient "des criminels en puissance" et qu'"il y aurait des morts à Beynac".

En 2024, lors de l'enquête publique, le signalement au préfet Lamontagne de l'attitude surprenante du président de la commission d'enquête qui, à un mètre face à lui pendant vingt minutes, l’a totalement ignoré alors que des arguments pro-projet d’un autre commissaire enquêteur répondaient à ses critiques. Interrogeant sur l'impartialité de cette procédure. Le préfet a répondu... pour défendre le président de la commission.

Le 28 janvier 2026, après l'annonce de l'appel de l'État, Monsieur Peiro affirme : "Les élus ont toujours respecté la loi : quand on a construit, c'est parce qu'on y a été autorisé, et quand on nous a dit d'arrêter, on s'est arrêtés."

Cette affirmation est contredite par les faits : appels publics à la désobéissance civile, construction poursuivie malgré les recours (qui seront jugés fondés), non-respect du rythme des réunions de suivi (trois en vingt et un mois alors que l'arrêté préfectoral en imposait une tous les deux mois), condamnation pour diffamation à l'encontre de DIGD en 2019. Monsieur Peiro a volontairement ignoré le risque d’illégalité de son projet en pensant l’avancer suffisamment pour qu’une décision judiciaire ne puisse le condamner.

Le coût de l'obstination

"Tout ça va coûter 40 millions", se plaint Monsieur Peiro le 28 janvier 2026.

Victimisation caractéristique. C'est précisément SON obstination à refuser les décisions de justice qui coûte 40 millions d'euros aux contribuables. S'il avait accepté l'annulation de 2020 confirmée par le Conseil d'État et procédé immédiatement à la démolition, une partie de ces coûts (astreintes, frais juridiques, nouveaux projets successifs) aurait été évitée.

Plus grave encore : pendant que le Département dépense 40 millions dans cette obstination, les communes ne reçoivent pas leurs subventions pour les investissements terminés et payés. La commune de Castels et Bèzenac attend ainsi 171 000 euros. Combien d'autres communes sont dans la même situation à l'échelle du département ? Combien le département doit-il au total aux communes alors qu’il fait voter des provisions pour payer les astreintes ?

L'État complice, mais Peiro responsable

Oui, trois préfets sur quatre ont failli à leur mission de contrôle de légalité. Oui, l'État a cédé aux pressions politiques. Oui, des complicités ministérielles ont facilité la tentative de contournement des décisions de justice.

Mais tout cela n'aurait pas été possible sans l'obstination d'un seul homme qui, depuis neuf ans, refuse d'accepter quatre annulations judiciaires successives et continue, encore aujourd'hui, à attaquer publiquement l'institution judiciaire.

CONCLUSION

L'État a été complice. Monsieur Peiro est le responsable premier.

 

DIGD - Association pour Défendre l'Intérêt Général en Dordogne
30 janvier 2026

Contact presse : Théophile Pardo, Président
pardoto@orange.fr - 06 75 01 62 34

Site web : www.neodigd.fr

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