Réaction de Bernard Bousquet, Docteur écologue, Ingénieur forestier
Le projet de PLUi de la CC de Fénelon vient d’être approuvé. Comme d’habitude, l'enquête publique n'a tenu aucun compte des réserves et des objections émises. Mais au-delà des remarques de la MRAe, des chiffres douteux fournis sur la démographie du territoire (donc sur la consommation d’espaces),d’un manque de synthèse claire pour le public, d’absence de justification donnée à l’extension de la ZAE du Vialard, nous observons pour ce dernier des dérives de fond autrement plus graves :
1) on est dans le cas de figure d’un "entrepreneurialisme", version agressive du développement local, qui caractérise des territoires sans politique, ne diagnostiquant pas leurs problèmes spécifiques et se condamnant ainsi à un modèle unique de développement, où le foncier à bas prix joue un rôle d’occultation des problèmes.
2) Qu’en cas de stagnation ou de faible tonicité démographique, comme c’est la cas dans l’intercommunalité de Fénelon, les maires devraient la saisir comme une opportunité par de nouveaux usages du sol axés sur l’environnement, la qualité de la vie, et une réponse aux besoins des habitants. Il s’agit tout particulièrement pour ces territoires de faire prévaloir la coopération sur la concurrence et la vivabilité sur l’attractivité territoriale. Mais cette stratégie demande en préalable une déconstruction du schéma de pensée des élus et acteurs locaux, pour lesquels le foncier bon marché reste le principal atout des territoires périphériques.
3) Dans le cadre de la transition écologique et dans le sens du ZAN, il faut rejeter le postulat comme quoi « l’un des seuls avantages comparatifs de ce territoire résiderait dans sa capacité de mobilisation d’un foncier abondant et à bas prix, qui, outre qu’il joue un rôle important dans l’artificialisation au détriment des terres agricoles (y compris de bonne qualité), conduit à saturer l’offre et accentuer la baisse des prix au profit de secteurs économiques à faible valeur ajoutée pour les territoires (entrepôts de logistique, grande distribution). » (source :« L’Aménagement du territoire face aux limites planétaires » de Bruno Depresle aux éditions PUCA, établi par l’IGEDD pour le Gouvernement).
4) De plus en plus d’experts, mais aussi d’élus et de fonctionnaires territoriaux remettent en cause l’idée selon laquelle l’ouverture de terrains à bâtir serait un levier de développement local majeur. On constate que les ZAE désespérément vides sont légion en France et que les emplois se créent minoritairement dans les zones d’activités. Développer la ZAE du Vialard, c’est entrer dans un cercle vicieux et tourner le dos au cercle vertueux de l'écosystème urbain.
Bernard Bousquet, membre des CA de la SEPANSO de la Dordogne et de DIGD, Démographie responsable